![]()
DAVID HUANCA MAMANI
Mon nom est David Huanca Mamani et mon surnom est « Hiagui ». Je suis né le 23 avril 1987 dans la province de Aroma dans le département de La Paz – Bolivie. J’ai actuellement 21 ans et je voudrais vous raconter mon histoire de joies, de souffrances et surtout remplie de défis. Je voudrais aussi vous raconter mes projets en tant que jeune.
Depuis que je suis né je vis avec mes parents, et tout fut beau et tranquille jusqu’à mes 10 ans. Mon père était chauffeur, il avait sa voiture et donc il travaillait comme tous les parents, jusqu’au jour où j’ai vu que mes parents se disputaient et que mon père tapait ma mère. Depuis ce jour il la tapait tout le temps jusqu’au jour où il a vendu la maison, toutes les choses qu’elle contenait et les habits de ma mère aussi ; il les a emportés dans un minibus et il est parti avec une autre femme et nous a abandonnés. Moi, mes frères et sœurs et ma mère. Depuis nous avons vécu des jours très difficiles et ma mère a commencé à travailler comme lavandière mais cela ne suffisait pas à nous nourrir et j’ai commencé à travailler comme crieur de bus à 10 ans. Je sortais pour travailler le matin mais parfois je ne trouvais pas de boulot et je rentrais à la maison avec la faim au ventre et je ne trouvais rien à manger et je devais tenir jusqu'à la mi-journée pour pouvoir manger.
Un jour des amis m’ont proposé d’aller cirer à la Ceja et j’ai accepté la proposition et je suis allé cirer, ce jour là je n’ai rien gagné mais j’ai pu manger. Mais j’ai eu très peur car à la Ceja il y a beaucoup de jeunes qui se droguent et qui parfois te cassent la figure, mais les jours ont passé et je me suis habitué et je n’ai plus eu peur ni honte de travailler comme cireur de chaussures. J’ai commencé à rencontrer de bons amis et de mauvaises fréquentations aussi, dans la rue.Tout ce que je gagnais dans la journée j’en donnais la moitié à ma mère pour moitié et je gardais l’autre moitié pour moi. C’est pour travailler que j’ai laissé mes études. Parfois je travaillais comme crieur de minibus dans la Ceja, ils me payaient 40 centavos (environ 0,050 centimes d’euros) par remplissage de passagers, je vendais aussi des journaux avec mes amis. Tous les jours étaient amusants mais cela me faisait mal de voir autant de délinquance dans les rues. Beaucoup de tentations, de drogues et je remercie Dieu de m’avoir donné la force de ne pas tomber dedans. Un jour que nous cirions les chaussures du coté de la mairie de El Alto des messieurs se sont approchés et nous ont dit qu’ils étaient d’Enda Bolivie, et que là on pouvait manger pour seulement 50 centavos (environ 0,075 centimes d’euros). Ils nous ont dit aussi qu’ils pourraient nous aider à retourner au collège, étudier et nous en sortir.
Le jour suivant nous y sommes allées avec mes amis pour déjeuner. Nous avons aimé tout ce que nous avons vu dans l’ONG et nous y somme retournés chaque jour. Pour manger et recommencer à étudier, jusqu'à ce qu’il nous transfère à la Casa Mink’a. Nous avons travaillé dans les différents ateliers, ils m’ont mis aux cours du soir. J’ai donc commencé à travailler dans ces ateliers et à étudier puis j’ai demandé aux éducateurs si je pouvais rester aussi dormir car il n’y avait pas assez de place chez moi, rien que pour moi. Nous avions deux lits seulement et mes frères et sœurs étaient déjà assez grands et nous n’avions qu’une seule pièce pour vivre tous. Ils ont acceptés. A partir de ce jour je suis resté au dortoir, j’ai commencé à connaître tous les autres gars de l’ONG. Chacun racontant ce qu’il lui était arrivé dans la rue et ce qui l’avait amené à Enda ; certains étaient tombés dans la drogue, d’autres avaient eu des problèmes de famille. Ils cherchaient une aide pour s’en sortir et ne pas retourner à la rue.
Chaque nuit chacun racontait ses problèmes passés et cela nous faisait souffrir d’entendre tout cela. Un soir je me suis mis aussi à raconter mon passé et cela m’a fait du mal de me souvenir de ce qui m’était arrivé et qui m’avait conduit à Enda.
L’année suivante les éducateurs m’ont dit qu’ils nous avaient inscrit aux cours du jour et que nous devions y aller. Le premier jour nous étions prêts et en ordre pour y aller et quand on est arrivé dans la classe je me suis rendu compte que la plupart des élèves étaient plus jeunes que nous et certains ne se sont pas gênés pour nous faire la remarque. Ils nous ont dit que nous étions trop vieux et devions être dans un autre cours et cela m’a beaucoup blessé. J’avais honte de sortir pour la recréation et je me sentais trop vieux dans un cours qui ne me correspondait pas. Mais les mois ont passés et les années et ils ont commencé à me connaître et à m’accepter. Et tout s’est amélioré. Ma seule pensée était de bien finir le collège et de pouvoir aller à l’université et de rendre fière ma mère, mes frères et sœurs et tous les gens qui m’avaient fait confiance. Ainsi mes frères et sœurs pourront suivre mon exemple et être encore meilleurs que moi.
Je suis parti de Enda Bolivie à 18 ans à cause de malentendus avec certains éducateurs qui voulaient au départ me virer sans rien mais une éducatrice a parlé avec eux et finalement ils m’ont aidé à trouver un lit et un matelas et je suis parti de la Casa Mink’a en 2005. Je suis parti très triste car j’avais rencontré là-bas beaucoup d’amis et ça avait été comme une seconde maison. J’ai eu du mal à oublier que je ne pouvais pas y retourner. Les trois premiers mois je n’arrivais pas à dormir, je n’arrêtais pas de penser à la Casa Mink’a, je n’avais pas de boulot, je devais payer mon loyer pour ma chambre, mes dépenses pour le « lycée ». Il ne me manquait que deux ans pour le finir. Du coup j’ai commencé à chercher de nouveau du boulot. J’ai recommencé à travailler comme crieur de bus, cireur de chaussures et j’ai travailler aussi comme agent de sécurité. Je ne voulais pas retourner en arrière mais la nécessité m’y a obligé. Mais c’était dans le but d’aller de l’avant.
J’ai eu mon diplôme du « lycée » en 2007. Je remercie Dieu de m’avoir donné la force pour lutter dans la vie .Pour le moment je travaille et j’aide au SAR afin qu’il me donne mon carnet militaire. J’ai bon espoir de réussir mes pré-capacitation pour l’université pour des études en communication sociale et ainsi obtenir la bourse de Jovenes Persiguiendo Sueños que m’a proposé Edith et ainsi pouvoir devenir un bon professionnel .
En dehors d’avoir connu beaucoup d’amis dans la rue, au collège et à Enda Bolivie, j’ai également rencontré de nombreux amis que je n’oublierais jamais et qui seront toujours dans mon cœur, des gens venus de France à la Casa Mink’a et avec qui j’ai partagé des moments très heureux et particuliers. J’ai rencontré une personne spéciale nommée Edith Favoreu qui m’a beaucoup aidé, moi et d’autres gars, comme tous les amis de France l’ont fait aussi et je remercie tous ces amis.
Merci pour toute cette aide que vous donnez à nous tous car sans vous je crois que nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd’hui ! Merci !
Mes projets sont : d’aller de l’avant et d’être plus tard un bon professionnel en communication sociale et de pouvoir aider ceux qui veulent s’en sortir comme moi…